Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /Nov /2009 10:32


Il y a des films qui vous transportent, qui vous font voyager, qui vous sensationnent comme jamais - même des blockbusters, même si vous avez parfaitement conscience que tout ça fait partie d'une machine bien rôdée, huilée et friquée, où les effets spéciaux, le scénario branché et les acteurs formatés participent un tant soit peu à une illusion de réalité ou à une distanciation humoristique.
Et puis il y a les grosses daubes. 2012 en fait partie.
Je sais bien que tout le monde ou presque a vu ce film, ou le verra bientôt, un dimanche soir à la télé par exemple. (Je vous conseille cette option, à mon avis, payer 10 euros pour voir cette merde au milieu d'une salle blindée, ça vaut pas le coup, achetez vous plutôt des carambars -un gros paquet)
Mais resituons un peu le contexte : certaines civilisations, les Mayas ou la Chine antique, ont prédit la fin du monde pour le 21 décembre 2012 - ce qui signifie que, quoiqu'il advienne, il faudra faire des trucs super cools le 20 décembre 2012. A partir de ce postulat, la bande-annonce vous montre des scientifiques catastrophés, suivis de très près par des images de tsunamis et séïsmes en tous genres, parsemés de petits nenfants qui courent affolés et de voitures volant dans tous les sens.
Bon, évidemment, on peut difficilement se leurrer sur le genre du film : pas de doute, un film catastrophe aux moyens énormissimes, et on se dit Chouette, je vais voir plein de raz de marée et de tremblements de terre. Même si j'avais déjà réservé ma place avec quelques potes, je suis allée voir ce qu'en disaient les critiques. Ben une fois de plus, je me promets à moi-même de ne plus jamais faire confiance aux critiques. (Cela dit, je le savais déjà. Faire confiance aux critiques, c'est aussi se retrouver à semi-siester face à un film angoissant - angoissant parce qu'il ne se passe rien, si bien qu'au bout d'une heure le suspens est insoutenable : va-t-il y a voir une péripétie, un frémissement d'action, un semblant de retournement? La réponse fut sans appel : non. Merci Télérama.)
Parce que la première déception se trouve là : vous planifiez de voir un film à effets spéciaux, vous achetez même du pop corn pour la peine, et là paf, on vous montre seulement 2 tsunamis, un bateau qui coule et question sensations, vous restez sur votre faim. En revanche, le réalisateur a tout misé sur le supermarché qui s'écroule, le building qui s'écroule, le joli pavillon avec des volets bleus qui s'écroule, le building plus gros que le premier qui s'écroule, etc. A partir de là, vous sentez bien que l'imagination du mec a ses limites, il aurait pu montrer des temples, des musées, la muraille de Chine, les pyramides d'Égypte, mais non, ce fut le supermarché du coin. (Ah, pardon. On a aussi eu le droit à Las Vegas et à quelques montagnes enneigées.) Les moments phares restant ceux où on voit des villes entières s'effondrer, avec moult voitures et véhicules enflammés qui sautent et explosent partout. Conclusion : 2012 n'est pas un film à effets spéciaux, je vous le dis tout de suite, c'est un film de cascades de bagnoles, point barre.
Et puis vraiment, vraiment, le discours ou les idées qui sous-tendent le film sont puantes, à tel point que vous cherchez - en vain - un second degré dans l'histoire. Sans dévoiler le semblant de scénario, prétexte à tout cela, je peux vous dire que tous ceux qui ne sont pas mariés, ou qui ont été méchants, adultères, etc, vont crever dans d'atroces souffrances. Mais jusque là, c'est de l'américanisme tel qu'on le connait - déjà, on note qu'il n'est fait mention de la Nasa à aucun moment, bravo les mecs pour l'effort d'originalité.
Au delà du scénario bien pourrave et de beaucoup de longueurs (ils ont dû ramer pour que ça ait l'air un minimum cohérent), j'ai trouvé que ce film surfait sans vergogne sur la vague écolo-alarmiste (alarmiste à raison, hein, mais ça ne change rien) pour foutre un peu les jetons, sans jamais - et c'est une prouesse - expliquer le bouzin. Rassurez vous msieurs dames, on va pas vous emmerder avec le réchauffement climatique, juste vous montrer des voitures qui explosent. Et puis à part les États-Uniens, on ne voit que quelques Italiens et des Indiens - les Indiens ça passe bien, ils sont peace, ça fait bien fin du monde, et personne ne les aime ni les déteste, c'est pas comme les Arabes ou les Japonais.
Pour finir, 2012 fout les jetons en montrant les limites de l'imagination collective, sur ce qui fait rêver ou trembler les masses - je dis ça sans condescendance, la salle de cinoche était vraiment blindée, on peut parler de masse. Ca m'a rappelé Roland Barthes (où on voit que j'ai pas eu un master de lettres dans une pochette surprise) qui expose, dans les années 60, que notre vision du futur se limite aux véhicules : les fameux vaisseaux spatiaux des extras terrestres, point d'orgue de tout film du genre. Et 2012 se caractérise définitivement comme un film de véhicules : bagnoles, avions, bateaux, vaisseaux spatiaux, on ne voit que ça. En résumé, une grosse daube qui met dos à dos la nature déchaîné et l'inventivité des humains - va falloir passer de la bagnole au vaisseau spatial, c'est notre seule issue les gars.
Bref, j'ai pas trop aimé le film, mais ça m'empêchera pas de faire des trucs inédits et dingues le 20 décembre 2012, on sait jamais.

Par cassis
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